Le tableau des flux de trésorerie consolidé

Le tableau des flux de trésorerie au niveau consolidé – Problématique des devises

 Par Jean-Luc Squifflet, Consultant Senior, Sigma Conso

 

Jean-Luc Squifflet, Senior Consultant, Sigma Conso

 

Pourquoi est-il si difficile de publier un tableau de flux de trésorerie consolidé sans écart, alors que tous les tableaux calculés au niveau des entités individuelles sont corrects?

Et donc, par conséquent, pourquoi cela prend-il autant de temps?

 

Ce sont des questions qui reviennent périodiquement au moment de la sortie des comptes annuels, et c’est à celles-ci que nous allons tenter de répondre dans cet article.

Pour ce faire, nous exposerons une série de problèmes qui se posent lors de l’élaboration d’un cash flow statement consolidé et qui, par contre, n’apparaissent pas dans les tableaux individuels calculés au niveau de chaque société du groupe.

Nous n’avons pas l’intention dans cet exposé d’être exhaustif quant aux problèmes rencontrés, mais simplement de faire comprendre au lecteur toute la difficulté de passer d’un tableau de flux de trésorerie individuel à un tableau consolidé.

Nous commençons par un petit rappel théorique.

Le but du tableau des flux de trésorerie (ou cash flow statement) est d’expliquer la variation de trésorerie entre deux exercices comptables. Ces variations de trésorerie sont réparties en trois catégories: cash flow opérationnel, cash flow d’investissement et cash flow de financement.

Le tableau des flux de trésorerie s’établit à partir des mouvements de l’année sur les comptes de bilan et de l’information contenue dans le compte de résultat.

Pour traduire ces mouvements, les consolideurs utilisent la notion de “flux” de manière à identifier sur chaque poste bilantaire les variations ayant un impact sur la trésorerie (mouvements “cash”) et celles sans impact tels que les variations de change, d’entrée ou de sortie de périmètre (mouvements “non-cash”).

A ce niveau, nous pouvons déjà identifier une différence majeure entre un tableau des flux de trésorerie individuel et un tableau des flux de trésorerie consolidé.

En effet, le tableau individuel s’établit en devise locale alors que le consolidé est construit en devise groupe.

Comme il s’agit de variations entre deux périodes, le taux de change utilisé par défaut pour convertir les flux est le taux moyen de la période.

En bref, la variation de trésorerie est convertie au taux moyen et, a priori, les mouvements cashs repris dans le tableau de flux de trésorerie consolidé également.

C’est ici que les choses se compliquent car, pour certaines opérations, ce n’est pas le taux moyen qui sera utilisé.

Nous allons envisager, à titre d’exemple, différents cas qui montrent qu’une conversion de flux à un taux différent du taux moyen pose problème dans l’élaboration du tableau des flux de trésorerie consolidé.

 

Dividende distribué aux minoritaires en devise étrangère.

Les dividendes distribués à l’intérieur du groupe étant éliminés en consolidation, seuls apparaîtront dans le tableau des flux de trésorerie consolidé les dividendes versés aux tiers.

Comme il s’agit de la distribution du résultat de l’année antérieure, le taux utilisé pour convertir un dividende en monnaie étrangère dans la devise du groupe  sera a fortiori le taux moyen de l’exercice précédent.

Par contre, la variation de trésorerie liée à cette sortie de dividende sera convertie au taux moyen de l’exercice en cours.

Prenons un exemple pour visualiser ce que cela donne dans le tableau des flux de trésorerie consolidé.

Soit la société M en € détenant une filiale américaine F à 80%.

Au cours de l’exercice N, F distribue 100 USD de dividende relatif au résultat de la période N-1. Le taux moyen de l’exercice en cours est de 0.7 et celui de N-1 de 0.9.

 

F en $ F en € M + F en €
Dividende distribué -100 -90 (-100 $ * 0.9) -18 (-90 * 20%)
Variation de trésorerie -100 -70 (-100 $ * 0.7) -14 (-70 * 20%)
Différence 0 +20 +4

 

Augmentation de capital en devise souscrite par les tiers

Reprenons notre exemple où la société M détient 80% d’une filiale américaine F.

Supposons que F réalise une augmentation de capital de 100.000 $ à laquelle M souscrit à hauteur de son pourcentage.

Le tableau des flux de trésorerie consolidé ne montrera que la part des tiers dans cette augmentation de capital c.à.d. l’apport externe d’argent, soit 20.000$.

Si la variation des fonds propres de F était convertie au taux moyen, il n’y aurait aucun problème de cash flow, mais il arrive bien souvent qu’un taux de transaction (encore appelé taux historique) soit utilisé pour convertir l’augmentation de capital dans la devise du groupe.

Pour notre exemple, prenons 0.75 comme taux du jour de la transaction et 0.8 comme taux moyen de l’année, taux qui sera utilisé pour la conversion de la variation de trésorerie.

 

F en $ F en € M + F en €
Augmentation de capital +100.000 +75.000 (100.000$ * 0.75) 15.000 (75 K€ *20%)
Variation de trésorerie +100.000 +80.000 (100.000$ * 0.8) 16.000 (80K€ * 20%)
Différence 0 +5.000 1.000

 

Transactions intersociétés en différentes devises

 

Considérons que notre société M en € fasse un prêt de 10.000 € à la filiale américaine F au cours de l’année. F reçoit ce prêt et l’enregistre dans ses comptes en $.

Pour ce faire, elle convertit les 10.000€ au taux du jour de la réception du prêt, soit 1.2 pour notre exemple. Le prêt de 10.000€ vaut donc 12.000 $ dans les comptes de F.

Il est évident que, si on se limite à regarder les tableau des flux de trésorerie individuels de M et F, il n’y a aucun problème.

On constate une sortie de cash de10.000€ d’un côté et une entrée de 12.000$ de l’autre.

Maintenant, concentrons-nous sur le tableau des flux de trésorerie consolidé.

Au cours du processus de consolidation, toutes les transactions intersociétés sont réconciliées et ensuite éliminées.

Comme les comptes bilantaires sont convertis au taux de clôture, les transactions entre sociétés tels que les prêts et créances seront réconciliées à ce taux.

Par contre, les mouvements de l’année seront convertis au taux moyen, et c’est cette conversion qui va poser problème dans le tableau de flux de trésorerie.

 

Pour notre exemple, prenons un taux moyen de 1.25 entre l’Euro et le $ et gardons par facilité le taux de clôture de 1.2.

Le premier tableau nous donne l’évolution du poste de dette chez F, d’abord en $, puis converti en € avant l’élimination de la transaction en consolidation et ensuite après élimination de la transaction.

F en $ F en € avant élim. IC F en € après élim. IC
Ouverture N 0 0 0
Variation cash 12.000 9.600 (12.000$ / 1.25) 0
Ecart de change 0 400 0
Clôture N 12.000 10.000 (12.000$ / 1.2) 0

 

On constate assez vite que plus aucune information n’est disponible au niveau des comptes consolidés quant à l’évolution du poste de dette chez F.

Cela va poser problème dans l’établissement du tableau des flux de trésorerie consolidé car nous n’arrivons plus à faire la distinction entre le vrai mouvement cash, soit 9.600€, et la variation de change de 400€, non-cash par nature et qui, par conséquent, ne peut apparaître dans le tableau des flux de trésorerie consolidé.

 

Le deuxième tableau nous montre l’impact de cette transaction intersociétés sur le tableau des flux de trésorerie consolidé.

 

F en € avant élim. IC M en € M + F en € après élim IC
Mvt sur prêt/dette 9.600 -10.000 0
Variation de trésorerie 9.600 -10.000 -400
Différence 0 0 -400

 

Après l’élimination de la transaction intersociétés qui, soit dit en passant, est réconciliée car les 12.000$ convertis au taux de clôture nous donne bien 10.000€, nous ne disposons plus d’aucune information sur les flux.

En effet, à l’ouverture de la période il n’y avait pas de prêt, et à la clôture, la transaction est éliminée.

Par contre, la variation de trésorerie nous donne une sortie de cash (le prêt par M) de 10.000€ et une entrée de cash de 9.600€, soit l’emprunt de 12.000$ reçu par F et converti au taux moyen de l’exercice.

 

Cette variation de trésorerie de 400€ au niveau du groupe est due à une variation de change, et devrait être expliquée comme telle, mais on ne peut le faire, faute d’informations sur les flux des comptes de prêt et emprunt (cfr. le premier tableau de ce chapitre).

Après avoir exposé les principaux problèmes liés à la conversion des devises, nous nous devons d’aborder également celui des retraitements de consolidation.

 

Cet article est trop court pour pouvoir être exhaustif à ce sujet et nous allons donc simplement illustrer notre propos à l’aide de deux exemples.

 

Acquisition/cession de participations consolidées

 

Le fait que les titres de participations consolidées sont éliminés lors du processus de consolidation peut poser problème dans l’élaboration du tableau des flux de trésorerie consolidé.

En effet, comment retrouver le montant cash relatif à l’achat ou à la cession de titres alors qu’il n’y a rien sur le compte bilantaire au niveau consolidé, ni à l’ouverture, ni à la clôture?

 

Voyons cela à l’aide d’un petit exemple.

Soit la société M en € qui achète 100% d’une filiale F en € pour 500.000€.

Comparons maintenant à l’aide du tableau ci-dessous ce que cela donne dans le tableau des flux de trésorerie statutaire et dans le tableau des flux de trésorerie consolidé.

 

M comptes statutaires M comptes consolidés
Acquisition d’immos fin. -500.000 0
Variation de trésorerie -500.000 -500.000
Différence 0 -500.000

 

Ecriture de correction due à une différence de change sur transaction intersociétés

 

Soit M ayant un chiffre d’affaires de 100€ vis-à-vis de F, filiale en USD intégrée globalement.

F enregistre une charge correspondante vis-à-vis de M pour un montant de 120$, soit 110€ une fois converti au taux moyen.

L’écart de 10€ est bien une différence de change qu’il y a lieu de corriger en consolidation par l’écriture suivante :

 

Charge IC 10 => mouvement cash
Ecart de change non réalisé 10   => mouvement non cash

 

Voyons ce que cela donne dans les tableaux des flux de trésorerie statutaires et consolidé.

Notez que nous envisageons uniquement la méthode indirecte pour l’établissement du tableau de trésorerie et que nous excluons par conséquent la méthode directe, très peu utilisée dans la pratique, bien que préconisée par les règles internationales.

 

F en € M en € Ecriture de conso M + F
Résultat -110 100 +10 charge IC – 10 EC -10
Correction mvt non cash 0 0 10 10
Variation de trésorerie -110 100 0 -10
Différence 0 0 10 -10

 

Le fait que, dans l’écriture de consolidation, la charge soit intersociétés et pas l’écart de change, provoque au final un écart dans le cash flow car la charge est éliminée par le processus de consolidation alors que l’écart de change reste.

Il en résulte un déséquilibre dans le tableau de flux de trésorerie consolidé comme le montre le tableau ci-dessus.

 

En conclusion, les quelques exemples présentés dans cet article montrent à quel point il est difficile d’établir un tableau des flux de trésorerie consolidé, alors qu’il est relativement aisé de produire un cash flow statutaire.

On oublie parfois que celui-ci ne doit pas jongler avec des notions de conversion de devise, de transactions intersociétés, d’écritures d’élimination de titres et de fonds propres, de différentes méthodes d’intégration de comptes, etc…

 

Heureusement les logiciels de consolidation actuels permettent un paramétrage relativement automatique du tableau de flux de trésorerie consolidé, mais vu la complexité de la tâche, il n’en demeure pas moins qu’une intervention manuelle du consolideur est souvent nécessaire à la réalisation de ce tableau.

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